François Fillon était invité sur Europe 1, lundi 1er septembre. Interrogé par Jean-Pierre Elkkabach, le Premier ministre évoque divers sujets: pouvoir d'achat, ISF, RSA, Europe, Géorgie...

Quand survient une question relative à l'engagement militaire français en Afghanistan, le Premier ministre donne cette réponse inédite: "Le conflit va durer, parce que les causes de ce conflit sont très profondes (…) C'est l'opposition entre le monde musulman et une grande partie du reste de la planète, c'est le conflit israélo-palestinien, c'est les déséquilibres économiques et sociaux qui règnent dans le monde."

Une rhétorique digne des partisans du choc des civilisations. Lapsus révélateur ou erreur sémantique?

(Source: Europe 1)

En quelques mots, le chef du gouvernement applique une grille de lecture religieuse au conflit israélo-palestinien et rapproche ce conflit, pour d'obscures raisons, de la guerre en Afghanistan. Comme si la situation à Kaboul ou à Jérusalem était finalement comparable, en raison de la simple présence de musulmans dans ces régions.

Cette "boulette" du Premier ministre, qui a eu lieu le premier jour du ramadan, est passée inaperçue : les politiques se gaussaient de l'université d'été du PS tandis que les médias étaient sans doute trop occupés à commenter la rentrée scolaire, peser les cartables ou "enquêter" sur la grossesse de Rachida Dati... Ce sont 5 millions de Francais musulmans qui pourraient s'estimer outragés d'être ainsi pointés du doigt comme des "opposants" potentiels avec le "reste de la planète"...dont, ipso facto, leur propre pays, la France.

Depuis l'embuscade qui a causé la mort de dix militaires français, les talibans sont revenus brutalement dans l'actualité -qu'ils n'avaient pourtant jamais vraiment quitté depuis l'invasion de l'Afghanistan fin 2001- et suivant leur point de vue, chaque commentateur les compare à d'autres groupes: des "résistants" pour leurs sympathisants, des "insurgés" pour les parties neutres, des "terroristes" pour l'Otan, des "nazis" pour Sarkozy (le 25 août dernier, quand il était en Indre-et-Loire pour commémorer le massacre de Français tués lors de la seconde guerre mondiale, le chef de l'Etat évoqué les talibans, "des barbares moyenâgeux, terroristes, ndlr). Fillon peut-il remporter la palme de l'outrance pour avoir relié le "monde musulman" et les talibans?

Est-ce là une simple confusion d'homme politique mal réveillé ou un lapsus révélateur et inquiétant pour notre politique étrangère? A vous de juger...