Hors du débat, point de salut : peu de démocraties délibératives mettent en doute cette affirmation. Le choc des opinions contraires permettrait de neutraliser les extrêmes et de produire un consensus autour de positions modérées qui correspondent mieux à l'intérêt général. C'est à ce dogme bien établi que Cass R. Sunstein s'attaque dans son livre Going to extremes (Oxford University Press 2009).

En 2001, dans republic.com, l'éminent juriste avait déjà tordu le cou à une idée reçue : la conviction qu'Internet, en permettant la circulation des idées, favorise l'ouverture d'esprit. En réalité, affirmait-il, les internautes ont tendance à éviter les opinions et les valeurs contraires aux leurs, pour privilégier la fréquentation de groupes idéologiquement proches.

Dans la même veine, Sunstein affirme aujourd'hui que la discussion contradictoire au sein des institutions démocratiques (partis, presse…) n'amène pas les protagonistes à modérer leurs opinions, mais, au contraire, à se radicaliser et à camper sur leurs positions. Le débat contribuerait ainsi à durcir les clivages et encouragerait le conformisme partisan.