L'église cellulaire, interview de Daniel Schaerer
Par nicolas, samedi 4 mars 2006 :: article lu 248 fois :: #16 :: rss
"L'église doit réapprendre à accueillir et à communiquer de façon intelligente, elle doit redevenir crédible et accessible à tous." Daniel Schaerer, responsable chez Jeunesse en Mission depuis 24 ans, est à l'initiative d'un Congrès, le premier du nom, sur l'Eglise Cellulaire, à Valence en Novembre prochain. Il a bien voulu répondre à quelques questions sur ce sujet...
Bonjour Daniel. Pourrais-tu tout d'abord nous dire qui tu es, de quel milieu ecclésial tu es issu ?
Je suis issu d'un milieu réformé, fils de pasteur et depuis 24 ans membre de Jeunesse en Mission. J'ai participé à toutes sortes d'actions en collaboration avec les églises. J'ai eu l'occasion de travailler avec un grand nombre de milieux. Depuis quelques années je me consacre essentiellement à l'enseignement et j'ai eu souvent l'occasion de parler à des serviteurs de Dieu dans toute la Francophonie. En 1993, j'ai rencontré Ralph Neighbor qui a travaillé avec des personnes comme Cho et développé un enseignement sur l'église cellulaire. A l'époque, je ne me sentais pas très concerné par la structure de l'Eglise (puisque mon travail me conduisait à fréquenter toutes sortes de milieux). J'ai cependant été conduit à lire le manuel de Neighbor, Bible en main...
Pendant des mois, j'ai travaillé cette question et suis arrivé à la conviction qu'il manquait quelque chose d'essentiel à l'Eglise - telle que nous la connaissons aujourd'hui - Ma femme et moi avons été conduits à ouvrir notre maison en 95 et à démarrer une cellule tournée vers les non-croyants. Nous y avons vécu quelque chose d'extraordinaire, nous avons vu des personnes transformées, libérées, guéries quelques fois en très peu de temps. La mutlitplication a commencé. Je souligne que nous avons vécu cela dans une collaboration étroite avec le pasteur de l'Eglise Evangélique de notre ville ainsi que celui de l'Eglise Réformée.Nous avons aujourd'hui une douzaine de cellules et la progression continue.
En quoi va consister ce séminaire, pratiquement?
Tout d'abord, ce n'est pas "mon" séminaire, parce que je fais partie d'une équipe formée de plusieurs serviteurs de Dieu et c'est ensemble que nous avons défini les grandes lignes de ce congrès. Nous souhaitons aider tous ceux qui le souhaitent - particulièrement les serviteurs de Dieu - à comprendre en quoi consiste la vision cellulaire. Nous savons qu'elle suscite des craintes, nous voudrions les rassurer. Nous expliquerons comment les cellules naissent et se développent, comment elles essaiment etc. Nous voudrions également poser les fondements bibliques de cette vision de l'Eglise et montrer comment elle répond aux besoins de la société contemporaine. Nous parlerons à partir de notre expérience. Plusieurs pasteurs apporteront le témoignage de ce qu'ils vivent en France. Il y aura aussi du temps pour le travail en petits groupes et la prière.
Est-il organisé, voire "contrôlé" par un mouvement? Si oui lequel?
Non, en tant que coordinateur national de Aube 2000, j'ai tenu à placer le séminaire sous l'autorité des frères qui sont à la tête de ce mouvement, mais ils n'ont pas la prétention de le contrôler car la chose est nouvelle pour la plupart d'entre eux. Nous ne sommes pas non plus dépendants d'une supervision étrangère. Si la dynamique cellulaire vient du St Esprit, il saura l'attester dans les coeurs.
En quoi ce modèle des églises de maison a-t-il porté plus de fruit dans les pays fermés à l'évangile, par rapport aux églises de structures plus "traditionnelles"?
Lorsque les missionnaires ont quitté la Chine au moment de la révolution communiste en 1949, ils ont laissé une église de 2 ou 3 millions de personnes (le chiffre est à vérifier). Ils se demandaient ce qu'il en resterait si un jour les portes se rouvraient. En fait l'église chinoise a bien survécu... elle est devenue "souterraine"ce qui veut dire que pendant 25 ans les chrétiens se retrouvèrent en petits groupes de 3 ou 4 personnes, guère plus (en fait, c'étaient des groupes de maisons). Vingt cinq ans plus tard, lorsque la Chine rouvrit ses portes, les missionnaires ont trouvé, à leur grande surprise, une église de plus de 60 millons de membres pleine de vitalité. La Chine est toujours "fermée" aujourd'hui, mais le nombre de Chrétiens ne cesse de grandir, on parle de plus de 100.000.000 de membres. Cet exemple n'est pas unique. La persécution a toujours été une occasion pour l'Eglise de grandir, de s'affermir et souvent de retrouver son unité.
En quoi cette nouvelle façon de voir l'engagement ecclésial te parait-elle plus adapté dans notre Occident à re-christianiser? Et en quoi est-ce un outil plus efficace pour l'évangélisation?
Le repli considérable des religions instituées dans notre monde actuel laisse la plupart de nos contemporains sans repères. Il serait faux de penser qu'ils ont tous rejeté Dieu, mais ils ne font plus confiance à l'Eglise et préfèrent chercher des réponses à leur soif spirituelle sous d'autres formes (souvent à leurs dépens malheureusement.) L'éclatement des familles ajoute au désarroi et à la souffrance et beaucoup de gens se retrouvent seuls. C'est le moment où jamais de leur proposer de "nouvelles familles" formées de personnes qui cherchent Dieu. Il est évident que les responsables de ces "petites familles " ou cellules de maisons, devront apprendre à se mettre à la portée des gens, être remplis d'amour et parler un langage compréhensible. Il n'est pas question de jouer au gourou, de dominer les personnes avec des affirmations tranchées.
L'église doit réapprendre à accueillir et à communiquer de façon intelligente, elle doit redevenir crédible et accessible à tous. Ce n'est pas forcément le Seigneur que les gens rejettent mais l'image que nous en donnons. J'ai personnellement arrêté de dire que la France est un pays difficile. C'est un pays merveilleux qui attend comme tous les autres la révélation des enfants de Dieu.
D'un point de vue pratique, comment se constitueraient de telles cellules? Seraient-elles composées de croyants se réunissant à côté de chez eux, ou à nouveau par affinités théologiques, comme les églises "à la carte" que l'on voit partout?
Lorsque quelqu'un accepte le Seigneur, notre objectif devrait être de l'aider à toucher sa "maison". Dans l'église primitive, on utilisait le mot OIKOS (littéralement: la maisonnée) qui recouvrait d'une part la famille proche, mais aussi les amis, les gens du quartiers... Les responsables de l'église cellulaire s'emploient à aider les membres de l'église à toucher leur cercle immédiat. On est loin de ces églises où les gens sont coupés de leur milieu et se marginalisent de plus en plus au point où, au bout de quelques années, ils n'ont plus d'autres relations que des gens de la communauté chrétienne. Est-ce le plan du Seigneur? Il existe aussi des cellules formées par des personnes qui partagent un intérêt commun ou une occupation commune (exemple: cellules d'étudiants, d'hopitaux...).Tous les membres des cellules se retrouvent le dimanche pour célébrer le Seigneur ensemble.
L'idéal serait que les pasteurs d'une ville développent une stratégie commune d'évangélisation de leur ville par l'implantation de groupes de maisons dans chaque immeuble, chaque quartier. Au lieu de travailler chacun dans son coin, ils pourraient se réunir régulièrement et prier pour la ville et les uns pour les autres. Dès lors, les problèmes doctrinaux passeraient au second rang. Par ailleurs, la cellule a pour objectif PREMIER d'amener des gens à Jésus et non à "mon église". On constate généralement que très vite les nouveaux membres d'une cellule expriment le désir de se joindre à une communauté plus large. Ils choisiront la plupart du temps l'église de leurs "parents spirituels", ce qui règle le problème de la redistribution des personnes. A chaque église la responsabilité de faire naître un maximum de petites familles pour avoir le plus d'impact possible. Cependant, si les membres d'une cellule fréquentent des assemblées différentes, ce n'est pas non plus un problème majeur... dans la mesure où les serviteurs de Dieu se font mutuellement confiance, bien entendu !
Justement, que deviendraient les différences théologiques, "l'ancien modèle", si j'ose l'appeler ainsi? Deviendrait-il obsolète? En un mot: ce mouvement pourrait-il être ressenti comme une menace par certains dirigeants d'églises?
Les différences théologiques seront probablement toujours là. Qui peut prétendre avoir la compréhension de tous les mystères et une connaissance parfaite de la vérité? La pluralité est d’ailleurs un élément positif car elle traduit la richesse du Corps. Les systèmes totalitaires sont toujours réducteurs. Chaque dénomination met l’accent sur une facette importante de la vérité. Il y a bien sûr des erreurs doctrinales et chacun a le droit d’avoir ses convictions, de choisir son assemblée, mais le jugement appartient au Seigneur. L'église cellulaire s’intéresse davantage à la structure de l’église qu’à la doctrine. Elle réaffirme que chaque enfant de Dieu est sacrificateur, que l'Eglise n'est pas un programme de réunions dans un bâtiment mais qu'elle est formée de pierres vivantes et actives du lundi matin jusqu'au dimanche soir.
Je la comparerais à une ruche d'abeilles. Que deviendrait la ruche si les abeilles ne travaillaient qu'une ou deux fois par semaine? Que deviendrait-elle si ce n'était que la reine qui fonctionnait. Toutes sont à l'oeuvre, toutes ont leur propre sphère d'activité (leur propre ministère !!). Le résultat c'est un bon miel que nous pouvons savourer. Il en est ainsi de l'Eglise. Chacun de ses membres est au travail pour construire le Royaume pendant toute la semaine, chacun dans sa sphère de compétence et dans le milieu où Dieu l'a placé. Le "miel" est abondant et beaucoup d'hommes et de femmes sont attirés par la bonne odeur qui émane de cette ruche vivante. Les réunions du dimanche (si c'est le dimanche) rassemblent tous les membres pour un temps de célébration et d'envoi car chaque membre est porteur de l'amour du Seigneur où Dieu l'a placé. Ceci m'amène à dire que les cellules ne sont pas en elles-mêmes la panacée universelle. Si elles ne sont pas accompagnées d'une véritable transformation des mentalités (une vraie metanoia), elles n'apporteront pas grand chose et deviendront des petits clubs sans vie. Il faut que l'Eglise redécouvre sa raison d'être, apporter la lumière à un monde qui se meurt, il faut que les chrétiens se tournent résolument vers l'extérieur pour donner la vie autour d'eux. Si les serviteurs de Dieu comprennent ce message, ils verront d'eux-mêmes que trop d' "activités d'église", trop de réunions centralisées, nuisent à la vitalité du corps. Les chrétiens restent des êtres humains et si il faut "aller à l'église" (eh oui, c'est ce qu'on dit, parce que l'église est assimilée à un bâtiment) 3 fois par semaine on n'a plus la force ni l'espace voulus pour inviter ses voisins, s'intéresser à ses collègues de travail, s'investir dans le monde où Dieu nous a placés.
Donne-nous selon toi LA bonne raison de venir à Valence assiter au séminaire!
Nous demandons au Seigneur que ce congrès national sur l'Eglise Cellulaire soit comme un tramplin pour beaucoup. Partout nous rencontrons des personnes qui attendent autre chose de l'Eglise, qui sont fatigués des schémas classiques. Le Congrès de Valence voudrait ouvrir une porte d'espérance. Oui, l'Eglise de Jésus Christ peut retrouver son zèle et sa joie. Oui, elle peut répondre aux problèmes du monde moderne, libérer les captifs, guérir les malades... et toucher des millions d'individus qui ne connaissent pas l'amour de Dieu.














1. Le lundi 7 juillet 2008 à 20:03, par Gérard