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Témoignages en chemin

Le tout début de ma vie chrétienne

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D'aussi loin que je me souvienne, nous avons toujours eu un "Tournesol" ou une Bible en BD à la maison. Des cousins évangéliques nous abonnaient, inlassablement, année après année, et envoyaient juste une carte de voeux, année après année, inlassablement. En 1989, rempli de drogue, d'alcool et de mysticisme, le Seigneur m'a touché. Je ne sais si j'avais été ensemmencé auparavent, mais Il m'a touché...

Mon père animait un club de cathéchisme. Le seul matériel dont il disposait était... évangélique ! Sans être converti, il lisait à une douzaine de gosses qui ont tous grandi des textes bibliques que son cousin lui envoyait.

Je me suis converti dans une assemblée tsigane. J'y avais un ami, Denis, qui me cassait toujours les oreilles depuis Mai 1989, moment de sa propre conversion. Je lui parlais de Baudelaire, de Bouddha, je lui disais que j'étais Dieu, que je sortais de mon corps. Un soir, il m'a interpellé, dans la rue, à Bordeaux. J'avais sur moi une quinzaine de billets de 100F pour aller acheter de la drogue. Ils faisaient une grosse bosse dans ma poche ces billets. Il me suffisait de passer un coup de fil et de passer voir un ami, ou un ami d'un ami et, pour entrer dans mes fonds, on m'envoyait les amis et les amis des amis. Je dealais de la drogue.

Et Denis est passé ce soir là, et il m'a pris, dehors, par l'épaule et m'a entraîné dans la "flèche en plein vent" de la place Saint Michel de Bordeaux - un édifice du 12e siècle jamais inachevé parce que l'argent manqua à ces pauvres gens qui se saignèrent pour honorer le seul Dieu qu'ils connaissaient. Et Denis m'a fait répéter une prière simple: Seigneur Jésus, je t'invite à rentrer dans ma vie, etc. Je n'ai jamais compris pourquoi j'ai répété cette prière. Et Denis, il était 20h15, m'a entraîné dans les rues - c'était en plein quartier arabe - pour aller à l'assemblée des gitans. Alors, un "zonard" nommé Mohammed me croisant me dit: "Hé, Nico, t'as pas une clope?" Je lui tendis mon paquet, mon briquet et je lui dis: "Tiens, je n'en aurai plus besoin". C'était un Vendredi, mi septembre 1989. Denis ne m'a rien dit. Il m'aurait énervé. Il m'a juste amené avec lui.

Il m'a lâché dans la salle "Son-Tay" et je me suis assis au milieu d'un rang de chaises. Et Denis s'est assis de l'autre côté de la salle, avec ses amis. C'était une réunion de prière. Les gens ont chanté. J'avais honte d'être là. Je me souvenais comment ma mère, apprenant que je n'étais jamais retourné au cathéchisme les mercredi, m'avait cassé une grosse cuillère en bois sur la tête. "Menteur ! Menteur !" me criait-elle en me frappant avec sa cuillère.

Alors ces gens ont cessé de chanter et un homme s'est avancé, et il a parlé. Je n'ai absolument rien compris mais je me suis subitement pris d'intérêt pour le cuir usé de mes chaussures. L'homme a parlé. Il ne m'en reste rien. Puis le silence est venu. Une voix s'est élevée dans la salle, puis une autre "Borodééével, tu vois mon onc' comme il est malaaaade mon barodéével, chte prie d'étend' ta bon'main mon barodééével..." C'était leur façon à eux, les gitans, de prier Dieu. Et à ce moment, un sentiment étrange m'a envahi. Je n'avais pris aucune drogue de la journée, juste un peu d'alcool. Quelque chose de puissant est monté le long de ma colonne vertébrale, pour foncer vers le ciel à toute allure.

Crispé, j'ai commencé à trembler, trembler et trembler encore, tant et si bien que toute la rangée de chaises grinçait avec moi. Et je continuais de grimper. C'était l'acide le plus puissant que j'avais jamais goûté. J'étais dans un train qui roulait vers la lumière en fonçant et, avançant, ma vie passait devant moi, comme un film, depuis le moment où j'étais entré, à l'envers et, tout d'un coup, j'ai vu ce que j'étais. La noirceur, la saleté, l'orgueil, l'égoïsme, la pourriture tout brillait à mes yeux et je claquais des dents tremblais et pleurais et ma rangée de chaises grinçait de tristesse avec moi. Je bredouillais peut-être un millier de fois dans ce bras de fer qui ne peut s'oublier: Jésus lave moi, Jésus lave moi Jésus lave moi. Ce n'étais pas un mantra cette fois; c'était un bras de fer où j'étais écrasé et où rien ne pouvait subsister de moi.

Pas une parole, pas un homme, pas la compassion d'un homme, pas l'amour d'une femme, pas la chimie d'une drogue, ce n'était rien de tout cela: c'était un face à face avec Dieu. Je suis sorti de là tout hébété et on m'a gavé de paroles. Avant de me lâcher devant chez mes parents (j'avais 20 ans), ils m'ont juste dit: "Si tu es attaqué, tu chasses au nom de Jésus!" Quelle belle leçon théologique ! C'est tout ce dont je me sois rappelé !!

Ce soir-là, dans ma chambre avec mes drogues, mes centaines de livres ésotériques, mes centaines de disques et de cassettes, je me suis endormi. Et le diable est venu me réclamer. Je dormais et le rêve étrange que je fis était à l'image du combat qui se jouait pour mon âme. J'ai eu longtemps, très longtemps, peur de le ranconter à qui que ce soit - et d'ailleurs ce rêve, je ne l'ai jamais raconté en entier.

Il y avait un grand escalier et je n'avais pas le droit d'y monter. Puis, ma mère est morte. Et je me suis approché d'elle, elle était sur une espèce de lit où on met les gens pour les incinérer. Je lui ai pris la main et je lui ai dit: "Lève-toi". Elle s'est levée, et alors une voix m'a dit: maintenant, tu peux monter. J'ai posé ma main sur la rampe et j'ai commencé à monter l'escalier. En haut, derrière une porte, dans une pièce, des jeunes filles dansaient, elles faisaient une farandole. Elles se passaient dans leurs mains chacune un brin de tissu en alternant, un bleu, et un rouge, un bleu et un rouge, et il me semble qu'elles chantaient.

Avançant encore, dans la pénombre, j'ai vu une chaise et un homme était assis sur cette chaise. Il se pencha, toujours assis, et son visage sortit de l'ombre. Je me souviendrai toujours de son visage, même 11 ans après ce récit a été écrit en 2000 . Il ressemblait à monsieur tout le monde, brun, mince et quelconque, il portait une moustache. Je le connaissais. Il n'était pas Dieu et il était mon ennemi. Il m'a parlé et m'a dit uniquement ces paroles - textuellement, même après toutes ces années, je n'enjolive pas, et ne rajoute rien: "Nicolas, tu veux savoir ce que c'est que l'Homme? Regarde... " Alors j'ai fait ce que jamais je n'aurais dû faire. Comme un papillon qui se brûle les ailes à la lumière, mais ce n'était pas la lumière. Et j'ai regardé et plongé mes yeux dans ces yeux, et ces yeux se sont transformés, en une chose que mes mots ont peine à raconter.

Autant j'étais monté, effrayé et tremblant vers la lumière, crispé et angoissé, me retenant et partiellement lavé car je ne m'étais pas abandonné complètement ce soir là, autant maintenant je glissais vers un puits sans fond, un abîme abominable et, glissant j'entendais des millions de hurlements qui me déchiraient les entrailles. Abominablement je glissais sans espoir et sans rien à quoi me raccrocher. Si mes yeux avaient vu le mal mon cerveau aurait eu un réflexe, un mouvement de recul. Mais je ne voyais pas le mal. J'étais le mal. Ce hurlement de millions de personnes, était le mien. J'étais damné et je continuerais de glisser sans fin dans cette horreur absolue.

Souvent, de l'abus de drogue, j'avais failli mourrir - même enfant à 3 ans il parait qu'un grand monsieur très beau et digne m'avait retenu par le col alors que je basculais, dans le bateau qui nous menait en Grande-Bretagne. Une fois, un fourgon de police m'a ramassé dans une rue piétonne et m'a amené à l'hopital et l'on m'a fait un lavage d'estomac - et les barbituriques sont sortis de mon corps, bien que j'aie mis 3 jours à redescendre. Assis dans ma chambre, un soir sans drogues, après avoir dévalisé la pharmacie de mes parents, je me voyais voler en avion à réaction et soudain, heurtant un mur, ma tête s'est relevée et je me suis réveillé, pour me rendre compte que je ne respirais plus. Ouvrant la bouche, j'aspirais l'air et alors, disctinctement, j'ai senti mon coeur, comme une pompe, se réamorcer et recommencer à battre. Regardant en arrière, je revois la main de Dieu me sauver, in extremis, de la mort, souvent.

Et ce soir là, j'ai appliqué ma première leçon de combat spirituel, j'ai pensé, bredouillé, articulé, crié: onmnmnmoonoooononmomnonom de Jésus ! Et l'étreinte s'est desserrée, mais toute la nuit, je dis bien toute la nuit, j'ai répété ces mots, comme un fou que j'étais. Peu après j'ai reçu du Saint-Esprit une onction différente et depuis ce jour, je me sens rempli d'une puissance dont je n'ose parler à personne, mais qui pourrait toucher un mendiant, ou un ministre, un enfant, ou une foule gigantesque: l'amour, l'onction et la présence de Dieu qui accompagne Ses enfants.

Mon ami Denis est mort en 1995, du SIDA, dans une décrépitude physique terrible, mais sauvé par le Seigneur. Durant des années, j'ai lutté et j'ai connu les hauts et les bas. En tout et partout j'ai suscité l'animosité, j'ai vécu le rejet. Il ne se passait pas deux mois sans que je ne sois obligé de remettre ma vie totalement dans la balance, en hurlant devant Dieu, sans comprendre pourquoi tout cela m'arrivait. J'ai cherché partout durant des années à partager mes fardeaux et jamais, je dis bien jamais je n'ai rencontré homme qui puisse me comprendre. Je n'ai jamais eu, dans le "silo de béton" où Dieu me serrait de près pour nettoyer mon âme, qu'une lumière vers qui me tourner - mais j'ai souvent fui cette lumière. Souvent, j'ai préféré la facilité. Pourtant, malgré ma désobéissance chronique, cette lumière m'a toujours béni. Elle a un nom: Jésus-Christ et se résume à une seul mot: grâce.


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1. Le samedi 8 mars 2008 à 22:10, par Poggioli

Merci pour ton récit. Je te conseille un livre: La tete brulée de Marcel Poggioli .Tu le trouves à Emeth édition ou à la Fnac.

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