Quelques questions à la fondatrice d'un orphelinat en Haïti
Par nicolas, samedi 4 mars 2006 :: article lu 526 fois :: #56 :: rss
Mona Pierre est une soeur de notre assemblée, originaire d'Haïti qui, au terme d'une année sabbatique dans son pays, a décidé de démissionner pour retourner là-bas fonder un orphelinat "avec les moyens du bord". Un projet à porter dans la prière et à soutenir financièrement...
1/ Mona Pierre, tu étais bien en sécurité en France. Pourquoi avoir choisi de partir en Haïti?Là où je travaille à l'hôpital, n'importe qui peut se former et faire mon travail en stérilisation. Mais la raison de mon départ est simple: mon pays d'origine a besoin de moi. Là où j'habite en Haïti, il n'y a pas d'électricité, mais je n'ai pas peur de laisser le confort. Le Seigneur a fait de grandes choses dans ma vie. Je me suis convertie à l'âge de 10 ans. Je me suis engagée dans un groupe de prière et je me suis occupée de mes enfants. Maintenant qu'ils sont grands, la moindre des choses que je puisse faire, c'est de rendre au Seigneur ce qu'il a fait pour ma famille. J'ai la conviction que rien ne m'arrivera, t si quelque chose m'arrive, ce sera Sa volonté. Mais je suis prudente ! Mes collègues m'ont conseillé de rester en France, mais après avoir pris une année sabattique, après avoir rencontré les 15 enfants dont je veux m'occuper, j'ai décidé en novembre 2005 de démissionner de mon poste à l'hôpital en France. Quand on quitte son pays pour aller s'installer à l'étranger, il faut rester en contact, sinon le retour devient très difficile. Pour ma part, j'avais toujours gardé le contact.
2/ Parlons d'Haïti maintenant, où tu es retournée après des années d'absence. Quelle est la situation là-bas?
Tout le monde attend les élections du 7 février, après le départ d'Aristide. Certains disent qu'Haïti est un pays très pauvre. Pourtant, nous avons de belles terres bien irriguées, mais beaucoup de choses sont mal organisées. J'ai entendu dire dans une conférence (mais je ne l'ai pas vérifié) qu'il y a plus de médecins haïtiens à Montréal que dans tout Haïti! Beaucoup d'hommes et de femmes n'attendent qu'un petit coup de pouce pour démarrer...
3/ Quelle a été ton action à ce jour et qu'envisages-tu maintenant?Depuis 2000, mon action à consisté à aider les femmes de Verrettes (département de la Tibonite) à se regrouper entre elles pour partager. C'étaient surtout au début des mères célibataires avec des problèmes, puis d'autres femmes sont venues et ensuite des plus jeunes... Nous avons décidé avec elles de mettre sur pied une formation de couture, broderie, art floral et cuisine. Dans le groupe, nous avons des femmes converties et le pasteur nous a prêté son local. Ensuite, j'ai rédigé un projet et l'association Accueil et Partage nous a aidé en finançant la construction du centre de formation... sur le toit de l'église protestante. C'était plus pratique que de travailler en posant les tissus par terre ! Le 7 janvier 2006, le toit a été posé. A la fin de cette année, entre 10 et 15 stagiaires seront diplômées (nous sommes en passe d'être agréés par les autorités, mais pour l'instant nous leur remettons une attestation). L'an prochain, nous aurons 30 diplômées. Nous avons déjà 87 femmes qui participent à nos formations, et 3 animatrices. Nous venons juste d'embaucher la troisième.
Depuis 1989, j'avais commencé avec des parrainages collectifs. L'état faisant mal son travail, tous les enfants ne peuvent se payer la scolarité (les enfants sont infiniment plus nombreux qu'il n'y a de place dans les écoles publiques). Un collège de Carcassonne a lancé les parrainages à cette époque avec nous. Mais je suis débordée de demandes en Haïti (j'en ai 45 en attente). J'attribue les sommes qui me parviennent en les divisant par le nombre d'enfants. Il faut compter en gros 100 euros par an pour la scolarité d'un enfant. Seuls 3 des enfants ont des marraines qui se sont engagées à prendre totalement en charge la scolarité. Je continue de m'occuper des parrainages mais, après un an de séjour sur place durant mon congès sabbatique, j'ai constaté de nouveaux besoins. Nous avons donc décidé de créer un orphelinat pour accueillir 15 petits "restavec".
4/ Qui sont ces enfants qu'on appelle les "restavec"?Ce ne sont pas des orphelins pour la plupart, mais des familles nombreuses qui donnent à une autre famille un ou plusieurs enfants qui va devenir un "domestique" dans la maison. Donc pas d'école en journée pour cet enfant, parfois juste le soir. Ces enfants sont traités très durement: pieds nus, maigres, fatigués, manque de soins et d'affection... Ils ne mangent pas à table avec la famille. Les "restavec" sont courants en Haïti. Les gens n'ont pas conscience de faire le mal. Les mentalités sont difficiles à changer. Mes propres parents avaient 4 enfants "restavec" à la maison. En Haïti, si on n'a pas de "restavec", on n'est pas une famille normale. Quand je me suis mariée, je n'ai pas voulue avoir "d'esclaves" comme on dirait en France: nous avons toujours payé les gens qui travaillaient chez nous. Depuis que je me suis lancée, les gens me traitent de "française" et disent que je veux tout révolutionner.
5/ Quels sont tes besoins et comment les chrétiens peuvent-ils t'aider?J'ai besoin d'argent pour louer un local et nourir ces 15 enfants pour commencer. J'évalue mon budget mensuel à 1625 euros (repas, personnel, location, etc.). J'ai vécu aussi en France et je sais que beaucoup de gens ne sont pas riches une fois qu'ils ont payé le loyer et la nourriture; mais même un peu d'argent pourra nous aider. J'ai fait faire par un architecte le plan de la maison que je voudrais construire et j'ai déjà acheté le terrain, mais je n'ai pas de mètreur pour chiffrer le projet avant de le présenter. Ceux qui veulent aider peuvent envoyer leurs chèques à l'ordre de l'association Accueil et Partage, qui envoit l'argent vers une banque en Haïti, et tout ça me parvient à Verrettes (département de l'Artibonite). Vous pouvez m'écrire à l'adresse ci-dessous.
6/ N'as-tu pas peur pour ta sécurité? Les enlèvements sont nombreux, ne crains-tu pas que certains soient jaloux en voyant que tu es soutenue par l'étranger?Non, je ne crains pas de ce côté là. Au contraire ! Dans mon village, je suis bien entourée. On a même créé un comité pour me soutenir sur le terrain. Les gens sont reconnaissants. Je ne prends pas plus de précautions que tous les haïtiens. Mais en arrivant, on ne sait jamais sur les trajet ce qui peut arriver. Je suis à 3 heures et demi de route de l'aéroport de la capitale.
Pour faire un don à Mona pour l'orphelinat. Ses enfants feront suivre. Bien préciser sur le chèque: pour Mona Pierre
Mme Mona PIERRE
Résidence Parc de Chambéry
Bât.C1, Appt.8
33140 VILLENAVE D'ORNON
Pour écrire à Mona:
namopie@yahoo.fr
(Attention, elle doit faire la queue plusieurs heures pour avoir accès à l'Internet, elle ne consulte pas souvent ses mails...)
Le site de l'Association humanitaire laïque "Accueil et partage" où vous trouverez des photos de Mona et de son autre association "Le Bon Samaritain".
» www.aep.asso.fr














1. Le jeudi 26 avril 2007 à 15:28, par dessalines
2. Le dimanche 6 mai 2007 à 17:38, par don